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Les proies

Davantage variation diaphane que simple remake du film de Don Siegel (plus terrien et plus physique), Les proies de Sofia Coppola revisite lui aussi le roman de Thomas P. Cullinan où, en pleine guerre de Sécession (ramenée ici à des bruits de canons en arrière-fond qui rythment l’harmonie des journées), un soldat blessé est recueilli par les jeunes filles d’un pensionnat du Sud profond. Très vite, le caporal va attiser convoitises et jalousies au près de ces demoiselles en fleur tentées, attirées soudain par le grand méchant loup. D’ailleurs le titre original du livre (et du film), The beguiled, ne suggère pas, comme sa traduction française l’indique, des nymphettes apeurées fuyant un prédateur, mais au contraire un état de séduction, un état d’envoûtement autour de ce prédateur.

Dans une ambiance mi-gothique, mi-David Hamilton (superbe photographie de Philippe Le Sourd), Coppola peine à installer une tension, un affolement, des ruptures, pourtant moteurs essentiels à cette histoire d’irruption du désir (puis plus tard d’une menace) en un lieu qui s’est fermé à toute extériorité et à toutes tentations. Il n’y a surtout aucune tension sexuelle qui s’en libère, aucune ambiguïté à l’œuvre (même la scène où Miss Martha lave et nettoie le caporal est dépourvue du moindre érotisme), réduites simplement à quelques minauderies, moues suggestives et jeux de regards équivoques. Et puis Colin Farrell ne dégage pas grand-chose, jamais troublant, souvent fade, aussi peu charismatique que Clint Eastwood, dans le film de Siegel, était puissamment félin.

Coppola a dit vouloir adopter un "point de vue féminin" et réinterpréter le roman à sa façon, mais sa vision se heurte à la substance première de celui-ci (le livre est construit sur le récit personnel, chacun à leur tour, des différents personnages féminins) et au film de Siegel pour, in fine, dire et montrer la même chose (et qu’importe alors le point de vue) : sous le masque de l’innocence et de la délicatesse, des femmes frustrées (une jeune ingénue, une vieille fille, une cougar…), cruelles et rivales, se volant dans les jupons, en chaleur dès qu’un mâle pointe le bout de sa barbe et les fait tourner en bourrique, et dont elles se débarrasseront comme un vulgaire paquet de linges. Coppola s’en tient, quoi qu’elle en dise, aux intentions du roman (le venin en moins), cherche à parler d’émancipation et d’éveil des sens, de carcans et de religion, mais ne fait qu’en limiter la portée, qu’en illustrer le cadre. Tout cela reste joliment fait tel un conte acidulé, un peu tabou, pour petites filles mutines, mais au final parfaitement anecdotique.

Les proies
Tag(s) : #Films, #Cannes 2017

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