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Même la pluie

Inspiré par une actualité récente (lire ici un article sur la "guerre de l’eau") qui démontre, s’il était encore nécessaire, que la globalisation fonctionne (et fonctionnera toujours) dans un sens à courant unique, Même la pluie relate les événements de Cochabamba de façon romanesque, cherchant à entremêler la mémoire (la colonisation, sanglante, de l’Amérique par Christophe Colomb), l’actualité et la fiction dans un même élan engagé. Le scénariste Paul Laverty, qui s’est illustré chez Ken Loach (Land and freedom, Bread and roses, It’s a free world…) avec une forte propension contestataire face à l’oppression et au capitalisme à visage (in)humain, s’attaque cette fois-ci à cette lutte symptomatique de ce début de siècle en plongeant une équipe de cinéma au cœur du drame.

La charge et le parallèle historique ne sont pas spécialement habiles, mais ils ont le mérite de raconter les sociétés établies dans lesquelles nous avons vécu et dans lesquelles nous vivons (celles du pouvoir, du profit au détriment des peuples et de la nature). Et puis il est toujours bon de rappeler et dénoncer ces formes d’exploitations qui, depuis des millénaires, permettent au monde de tourner rond parce que ce monde, et c’est un triste fait, a constamment tourné en se construisant sur le clivage puissance/asservissement. Pour l’or ou pour l’eau, la mondialisation ne connaît pas les âges : conquistadores, gouvernements, multinationales, même combat.

La réalisatrice Icíar Bollaín multiplie les points de vue et les niveaux de lecture pour mener à bien son récit : faux making of, film dans le film, reconstitution historique, inspirations du présent, réflexion sur le cinéma. Par ce jeu d’échos et de résonances, Même la pluie exprime les lâchetés, les engagements humains à l’heure des révoltes qui grondent et des choix à accomplir. La revendication, l’intégrité, restent de louables intentions à l’état de film, mais de là à s’y frotter pour de vrai, c’est une autre histoire.

La fiction et les soi-disant convictions politiques ardemment brandies dans le confort des salons ne font plus, dès lors, que piètre figure face aux injustices de la réalité, et il reste à savoir ce qui demeure le plus important aux yeux de tous, finir un film à tout prix (inquiétudes matérielles) ou se battre pour le droit d’accès à l’eau (offensives sociales). L’opposition entre les beaux discours des membres du tournage (acteurs, producteur, metteur en scène) et les événements tragiques auxquels elle ne veut pas prendre parti, permet d’évoquer aussi cela, cette façon à chacun de réagir devant les violences sociales et les priorités que l’on veut ou non y prêter.

Si le film reste assez démonstratif dans ses intentions et bancal dans son rythme, il réussit cependant à éviter un manichéisme pur et dur. Il est franc, il est sincère et plein de bonnes volontés. Il a également pour lui des séquences très fortes (les bûchers, les figurantes qui refusent de jouer la scène où elles noient leur bébé, Costa qui achète Daniel et sa pacification pour quelques semaines…), la belle musique d’Alberto Iglesias et un trio d’acteurs excellents. Luis Tosar, repéré dans Cellule 211, éclipse sans problème Gael García Bernal. C’est lui le vrai héros du film, lui qui, en dernier lieu, fera acte de dévouement. Même la pluie ne cherche pas à (se) donner bonne conscience ni à s’octroyer une quelconque réussite : c’est une œuvre carrée qui semble assumer ses défauts, une œuvre forcément, simplement militante.

Même la pluie
Tag(s) : #Films

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