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Captives

Atom Egoyan n’est plus qu’une ombre, un ersatz. Un spectre que l’on agite encore dans quelques festivals comme l’épouvantail d’un auteur dépossédé de tout. Et ce Captives-là sera son glas, une épitaphe sans doute. Avec ce thriller psychologique décevant et mollasson, Egoyan tente visiblement de renouer avec un succès désormais perdu en décidant d’agglomérer ses deux plus beaux films pour n’en faire qu’un seul. De fait, il réutilise le décorum neigeux, l’ambiance glacée et la douleur d’un deuil impossible de De beaux lendemains en l’associant au thème (disparition d’une jeune fille déréglant le destin de plusieurs personnages) et à la structure éclatée d’Exotica, son envoûtant chef-d’œuvre.

Le scénario, naviguant maladroitement entre exploration des réseaux pédophiles et affaires de kidnapping (Natascha Kampusch, Josef Fritzl…), observe trois couples face à l’épreuve de l’enlèvement et de la détention (Matthew et Tina, les parents de Cassandra, Jeffrey et Nicole, les flics, Mika et Cassandra, le ravisseur et la victime), prisonniers eux-mêmes de leurs pulsions, de leurs doutes et de leurs souvenirs. Tous les motifs habituels du cinéma d’Egoyan sont ici entassés dans une sorte de digest sans aucun relief, sinon celui de l’indigence. Au choix : puzzle narratif, dislocation du temps, autopsie du couple, Internet, écrans et caméras comme moyens de substitution au monde, thématique autour du regard et du voyeurisme (les glaces sans tain dans Exotica, les films pornographiques dans The adjuster…).

L’intrigue se traîne avec cette espèce de prise de conscience de son propre dénuement et de ses propres scories (jusqu’à sa grotesque conclusion), laissant le spectateur indifférent au drame, rétif à la chose, jamais éprouvé, jamais bouleversé, en attente de quoi ? Au moins peut-il, dans les grandes largeurs de l’ennui, goûter à une interprétation de qualité, apprécier la belle photographie de Paul Sarossy et la musique de Mychael Danna. Egoyan enchevêtre une fois de plus les époques et les personnages en une construction faussement sophistiquée, et jamais comme véritable volonté qui favoriserait le processus narratif. Après les échecs que furent Adoration et Chloé et la sortie confidentielle des 3 crimes de West Memphis (inédit en France, disponible uniquement en DVD), Egoyan s’égare de nouveau dans les abîmes du rien.
 

Atom Egoyan sur SEUIL CRITIQUE(S) : Chloé.

Captives
Tag(s) : #Films, #Cannes 2014

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