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Valley of love

Huppert et Depardieu, deuxième (enfin troisième, il y a eu Les valseuses quand même où il la faisait jouir avec la langue), 35 ans après Loulou de Pialat. À l’époque ils étaient à peine adultes, ils étaient beaux, ils s’aimaient n’importe comment. Elle était une jeune bourgeoise qui s’ennuie et qui s’entiche d’un loubard à la petite semaine. Aujourd’hui, elle est actrice et lui aussi, ils se sont aimés il y a longtemps, ils ont eu un fils qui s’est suicidé et qui, dans une lettre posthume, leur demande de se rendre, à une date bien précise, dans différents endroits de la vallée de la Mort. À ces endroits peut-être, et à ces endroits seulement, ils se retrouveront tous les trois pour quelques instants, parmi la pierre et la poussière.

Il y avait forcément un désir, et une attente aussi, de revoir Huppert et Depardieu ensemble à l’écran, main dans la main ou s’échangeant un baiser, les corps vieillis et changés, abîmés mais olympiens (la stature gargantuesque de Depardieu, la grâce tranquille d’Huppert), d’autant que Valley of love se veut (se voudrait ?) comme la mise en abîme, la résonnance de leur propre personnalité (mêmes prénoms, même métier d’acteur, un fils disparu, l’alcool…) et de leur propre carrière (la discussion au restaurant avec les deux touristes américains). Cette histoire de deuil et de culpabilité serait presque secondaire finalement, anecdotique face à deux géants se mesurant d’abord aux éléments et à eux-mêmes (on pense évidemment à Gerry quand Gus Van Sant confrontait lui aussi Matt Damon et Casey Affleck à la symbolique du désert).

Sauf qu’il ne suffit pas de lâcher deux monstres sacrés dans la vallée de la Mort pour créer le buzz, faire un film et récolter des lauriers. Un monstre, sacré ou pas, ça se nourrit, ça a faim, et Guillaume Nicloux ne leur donne pas grand-chose à dévorer, à ces deux-là (les dialogues sont… sont nuls, il n’y a pas d’autres mots, d’une banale nullité, annihilant toute tentative d’inspiration). Du coup, Huppert est mauvaise, dans le creux (ses deux scènes "d’hystérie" frôlent le ridicule), et Depardieu paraît éteint, assommé (par la chaleur sans doute). Le sujet, les retrouvailles, le lieu, une étrangeté latente, il y avait là pourtant un potentiel de fou pour faire de Valley of love une expérience sinueuse et bouleversante, perdue quelque part entre Dante’s View et Zabriskie Point, mais perdue aussi dès les premiers mots dits.
 

Guillaume Nicloux sur SEUIL CRITIQUE(S) : Holiday.

Valley of love
Tag(s) : #Films, #Cannes 2015

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