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La favorite

Pour son septième long-métrage, Yórgos Lánthimos s’est décidé à se frotter au film d’époque (et à grandes perruques). Début du 18e siècle, Angleterre. Il y la guerre en Europe (la guerre de Succession d’Espagne), il faudrait éventuellement faire la paix ou bien continuer les batailles contre les Français, il y a des impôts à faire payer, à doubler si possible, il y a des querelles politiques entre système bipartisan (les tories et les whigs), et il y a la reine Anne souffrant de goutte et de troubles digestifs, incapable de diriger au mieux le pays. Dans l’ombre, c’est Sarah Churchill, duchesse de Marlborough, qui gère la chose et, au passage, partage parfois la couche royale. Et puis arrive Abigail Hill, lointaine cousine de Sarah tombée en disgrâce, et tout va méchamment dérailler.

Ne pas s’y tromper : derrière ses parures insensées et sa mise en scène baroque (quelque part entre la méticulosité d’un Kubrick et l’exubérance d’un Greenaway), derrière la critique d’une souveraineté en roue libre et d’un féminisme qui n’a rien à envier aux pires travers de ces messieurs, La favorite évoque avant tout un triangle amoureux distillé dans la jalousie et la voracité, d’abord à petites doses puis à grandes louches, sans plus chercher à se masquer dans la manigance. La lutte d’influence est autant affaire de cœur (et de fesses) que d’ambition mondaine. Lánthimos s’amuse de ce petit théâtre grotesque où ça geint, ça piaille et s’évertue à profiter de l’un comme des autres, par tactiques politiques ou par inclinations galantes.

On aurait quand même souhaité plus de mordant et de cruauté (et moins d’effets fisheye), d’autant que Lánthimos nous a habitué à davantage de noirceur dans ses précédents films, noirceur que l’on retrouvera ici, in extremis, dans la scène finale où l’échec sentimental (et social) fera jour avec une violence sourde, mais éminemment terrible. Entre-temps, on s’ennuie poliment face à ces intrigues et règlements de comptes presque badins, à peine vaches et trop longs. Le film semble rester en surface de ses intentions à vouloir pourfendre, sans ménagement, amour et pouvoir, et les dialogues manquent de ce piquant pourtant vanté un peu partout alors qu’il a peu de la verve perfide des Liaisons dangereuses ou de Ridicule qui, eux aussi, parlaient d’amour et de pouvoir dévoyés, mais avec tellement plus de panache.


Yórgos Lánthimos sur SEUIL CRITIQUE(S) : The lobster, Mise à mort du cerf sacré.

La favorite
Tag(s) : #Films

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