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Roubaix, une lumière

C’est un documentaire qui, à l’origine, a inspiré (et obsédé) Arnaud Desplechin pour son nouveau long métrage. Celui de Mosco Boucault, Roubaix, commissariat central (tourné en 2007) qui plongeait au cœur d’un commissariat de la ville natale du cinéaste. Il filmait, entre autres, l’interrogatoire de deux jeunes femmes, suspectes du meurtre d’une vieille dame pour un peu d’argent, des provisions et des produits ménagers, qui finissaient par avouer, "en direct", leur terrible forfait. Desplechin a filmé presque à l’identique dialogues et situations tout en s’offrant quelques embardées au ton plus romanesque, voire lyrique, principalement dans les errements existentiels d’un jeune lieutenant fraichement débarqué dans la ville.

La première heure offre une sorte de condensé de polar social trouvant sa voie entre Bertrand Tavernier (L.627) et Raymond Depardon (Faits divers). Incendie, escroquerie à l’assurance, bagarre familiale, fugue, viol : le film égrène l’habituelle litanie d’un quotidien précaire fait de désespoir et de violences. Desplechin place, au centre de tout ça et de cette métropole qu’il connaît depuis toujours (il y a grandit, y a vécu, y a tourné plusieurs films), dont il sait qu’elle a résolument changé et s’interrogeant sur ces changements, un commissaire clairvoyant et doux (Roschdy Zem, impérial), presque médiumnique. Un scrutateur des âmes à l’écoute des détresses humaines et d’une ville qui a le sentiment de "n’être plus rien".

La deuxième heure abandonne cet aspect quasi documentaire pour se concentrer sur les interrogatoires de Claude et Marie, ces femmes devenues soudain des meurtrières. Desplechin tire, arrache de ces scènes une intensité incroyable, intensité dans les mots, les gestes et les regards, dans les hésitations comme dans les certitudes. Léa Seydoux et Sara Forestier y sont magnifiques, tour à tour intrigantes, fragiles, fortes, perdues, laissant affleurer une humanité cabossée qui, bien sûr, n’excusera jamais le geste de ces deux marginales terrées au fond de leur courée du quartier du Pile, mais dit tout leur désarroi face à l’évidence de la vérité plus qu’à la gravité du crime, noir, si noir dans les lumières pâles de Roubaix.
 

Arnaud Desplechin sur SEUIL CRITIQUE : Trois souvenirs de ma jeunesse, Les fantômes d'Ismaël.

Roubaix, une lumière
Tag(s) : #Films, #Cannes 2019

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