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Les amours imaginaires

S’imaginer, et déjà imaginer à l’excès, qu’il ou elle est amoureux au premier regard, dans ce moment pour soi, ce bloc. Un coup de foudre, c’est souvent comme ça qu’on dit. Un coup de foudre. Fantasmer, ah ! fantasmer, puis se rendre compte qu’il est trop tard, moi, toi, vous, ils… C’est que l’amour vit parmi sa propre merveille qui lui vient de plus loin que la raison. Il saisit les choses dans leur instant avant qu’elles ne soient, et c’est cet instant, fluide, léger encore, qu’il capte et gouverne avant, qu’obéissant, il ne parvienne aux humains et à leur folie, leurs désirs plus fous si c’est possible.

Serait-ce cette folie qui fait se mouvoir, qui fait vivre Marie et Francis ? Leur fait tourner la tête ? Et cette folie, ce manège à eux s’incarnant en ce beau Nicolas, angélique et rieur, cette folie à eux cristallise leurs moindres gestes, la moindre façon d’être. De marcher ou de glisser dans la rue. De baiser avec d’autres, monochromes au lit dans ces draps défaits, peaux caressées, humées, ou de fumer une cigarette puis une autre cigarette puis après une autre encore, ad libitum. Marie et Francis veulent, aspirent, convoitent chacun Nicolas, alors soudain c’est la guerre, les tranchées, invectives et yeux doux.

Mais pourrait-on envisager, parmi les variations, les langages amoureux improvisés par Dolan, que la candeur si blonde et bouclée de Nicolas ne cache pas, absolument, un plaisir plus indigne qu’une vraie innocence ? Plaisir à (mal)mener Marie et Francis par le bout du nez (qu’ils ont fort joli), par une promesse de coucheries étoilées et de sentiments grave chamallow ? Dolan, branchouille nonchalant, du talent, et toujours cet air de modasse poseuse, coiffeur pour dames, réinvente à sa sauce, salée sucrée acidulée, le triangle des boulevards, je t’aime moi non plus, Jules et Jim et Catherine.

On déambule au ralenti sur du Dalida vintage, on se déhanche plus tard, au ralenti encore (et sous quelques néons, flashs stroboscopes, autre réalité), sur le délicieux Exactement de Vive la fête. On se met en pièces au fond des bois. On fait des cadeaux, canotiers ou pulls cashmere, parfois on parle face caméra de ses râteaux et ces témoignages, même quand ils font rire beaucoup, en disent long sur les maux d’amour et les allô maman bobos gravés comme on marque les jours en prison, c’est dire comment ça flingue, l’amour. Lui se la pète James Dean, elle se la joue Audrey Hepburn. Ils sont loin de ce monde, différents, indifférents, quelqu’un d’autre, plus vraiment les mêmes pour Nicolas, et aux dernières notes électro pulsées, propulsées, quand tout aura été brisé en mille morceaux, mangé dans la gueule, et après un cri de délire sorti d’où, drôlissime, ils s’avanceront comme des robots vers leur nouvelle proie, boucles brunes et échalas tendance très Louis Garrel.

Dolan mélange tout. Les passions, les mœurs, masculin féminin, aime trop les effets, les styles genres, cite pas mal, Nouvelle Vague, Wong Kar-waï, Araki, Almodóvar période grande folle et Movida. Son bordel se tient, a du cachet même s’il périclite dans les angles et ne raconte pas grand-chose, manquant de matière (mais pas de corps) pour faire si long malgré les couleurs, le peps et les mélodies nickel pop.


Xavier Dolan sur SEUIL CRITIQUE(S) : J'ai tué ma mèreLaurence anyways, Tom à la ferme, Mommy, Juste la fin du monde.

Les amours imaginaires
Tag(s) : #Films

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